Et Camille Blanc créa Beausoleil

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Alors que la situation s’est considérablement dégradée entre les opposants et les partisans de l’indépendance de la Basse-Turbie, les élections de mai 1900 portent aux commandes de la municipalité turbiasque, une nouvelle équipe, sous la présidence de Camille Blanc, dont la composition reflète son rôle futur d’apaisement et de transition.

CAMILLE BLANC, MAIRE DE LA TURBIE

Alors qu’au sein du conseil municipal de 1896 ne figurait aucun représentant des quartiers dits “ inférieurs “, celui de 1900 en compte 10 sur 21.

L’homme rassure donc et il en a les moyens. Il sait tirer profit de son influence à la tête de la S.B.M. pour aider financièrement la commune de La Turbie mais également ses habitants.

DES PROGRÈS SIGNIFICATIFS AU CARNIER

Dès l’élection de Camille Blanc, en effet, les registres de délibérations du conseil Municipal témoignent du souci de la nouvelle équipe d’améliorer les conditions de vie au Carnier et dans les quartiers “ inférieurs “ en général, notamment en matière d’hygiène et de sécurité. Les décisions démontrent également une volonté de ne plus dépendre de la puissante voisine et de doter, par anticipation, la future commune des moyens d’une véritable indépendance. En matière d’hygiène, il est décidé la suppression de dépôts d’ordures sauvages, l’évacuation des maisons “ réputées inhabitables “ et l’interdiction de les louer, l’établissement d’égouts collectifs, la création du dispensaire pour les enfants du Carnier.

En matière de sécurité et d’éducation, il en va de même : éclairage des quartiers réalisé, même sur les voies privées si cellesci sont ouvertes à la circulation publique, et mise en construction d’une école au Carnier qui sera rachetée par la toute jeune commune de Beausoleil en 1908.

En matière d’équipements publics et autres services, on assiste à la création d’un bureau d’Etat Civil au Carnier, d’un bureau des Postes et Télégraphes, d’un marché couvert au Carnier, d’un bureau de tabacs aux Moneghetti et aussi à la réalisation d’un embryon de cimetière dans les hauts du Carnier…

MISE EN PLACE DE LA SÉPARATION

Parallèlement, la procédure administrative de séparation se met en place. Le principe en est voté le 24 mai 1900 ; il prévoit la division de la commune par disjonction des quartiers suburbains. Les conseillers du chef-lieu mènent alors une dernière bataille pour conserver à La Turbie un territoire propre aux ambitions d’une communauté rurale. Mais la nouvelle commune obtient une superficie substantielle, trop pour certains, tandis que La Turbie conserve une frontière avec la Principauté en gardant le quartier des Révoires… Une ère nouvelle arrive pour les familles des quartiers inférieurs de La Turbie qui deviendront en 1904, les habitants de Beausoleil.

Dans la séance du conseil municipal du 12 novembre 1903, les membres du conseil turbiasque avaient choisi le nom de “ Beausoleil “ pour baptiser la nouvelle commune, de préférence à “ Montfleury “ et “ Beauséjour “ également proposés. Par délibération du 30 novembre 1905, Beausoleil se dote de ses armoiries, dessinées par Paul Dubois, et non Gustave Adolphe Mossa, avec pour devise : “Lucet omnibus” (il luit pour tous)

LA CRÉATION DE BEAUSOLEIL

Le 10 avril 1904, Emile Loubet, Président de la République, signe le décret de création de la commune de Beausoleil.

Suite aux opérations électorales des 1er et 8 mai 1904, les nouveaux conseillers municipaux dans les deux communes sont mis en place. Camille Blanc est élu maire de la nouvelle cité.

LE PARTAGE DES BIENS

Cependant, la création de la nouvelle commune ne solde pas tous les problèmes : des difficultés s’élèvent, en effet, lors du partage des biens entre les deux communes.

Le partage dure plusieurs années, soit du 10 avril 1904, date de la création officielle de la nouvelle commune, au 7 juillet 1907, date de l’arrêté préfectoral portant approbation définitive du rapport sur le partage immobilier des biens communaux de La Turbie.

ARRIVÉE EN FANFARE POUR LE PREMIER CONSEIL MUNICIPAL

La composition du premier conseil municipal beausoleillois est sans grande surprise : on y retrouve les notables bien connus, les incontournables “ fidèles “ du président de la S.B.M. qui resteront à ses côtés de longues années encore. En effet, Camille Blanc s’installe durablement dans son siège de premier magistrat de la commune jusqu’en 1925, date de sa démission pour raison de santé.

1er conseil municipal – 1904 – 1908

Date de l’élection : 1er mai 1904

Date de l’installation : 10 mai 1904

  • M. Camille Blanc, Maire
  • Arthur Audoly, 1er Adjoint
  • Joseph Bompard, 2e Adjoint
  • Jean Bourbonnais, Conseiller Municipal
  • Georges Sublet, Conseiller Municipal
  • Auguste Bernin, Conseiller Municipal
  • Alfred Jorand, Conseiller Municipal
  • Maurice Lebouvier, Conseiller Municipal
  • Guelfuccio Villanova, Conseiller Municipal
  • Marius Prouven, Conseiller Municipal
  • Louis Valentin, Conseiller Municipal
  • Pierre Sainte-Marie, Conseiller Municipal
  • François Raffaelli, Conseiller Municipal
  • Paul M. Dubois, Conseiller Municipal
  • Emile Auzello, Conseiller Municipal
  • Joseph Barelli, Conseiller Municipal
  • Alphonse Millon de Peillon, Conseiller Municipal
  • Barthélemy Meneï, Conseiller Municipal
  • Auguste Mandel, Conseiller Municipal
  • Pierre Acquaviva, Conseiller Municipal
  • Alfred Martin, Conseiller Municipal
  • Jules Montier, Conseiller Municipal
  • Prosper Lajoux, Conseiller Municipal

La famille Blanc est originaire du département du Vaucluse. Elle est surtout connue pour la fortune qu’elle réalisa dans le monde de la finance et des maisons de jeux.

C’est à Monaco, la toute petite principauté au sud-est de la France, que le génie des frères Blanc, François et Louis va prendre toute son expression.

D’un premier mariage avec Madeleine Huguelin, François a deux enfants, Camille et Charles.

Camille Blanc, né le 29 mars 1847 à Paris, prend la tête de la SBM à la suite de Marie Hensel, sa belle-mère.

Il poursuit avec succès l’oeuvre de son père et encourage la construction des hôtels de Paris et du Métropole.

L’homme a su se tailler une excellente réputation dans tous les milieux influents de l’époque.

Ses relations avec le “ Tout-Paris “ de la Belle-Epoque, son introduction dans le monde des sports et du luxe naissants (automobile, concours hippiques) lui assurent une excellente base promotionnelle.

Administrateur avisé, le personnage est également très controversé et ses méthodes souvent dénoncées. Pendant ses mandats de Maire, il sera accusé de malversations électorales, de jeux d’influences pour obtenir les suffrages des électeurs qui sont, souvent, les employés de la toute puissante S.B.M.