le monument aux morts de l'hôtel de ville

 

Au cours de la Grande Guerre, la ville de Beausoleil érige au cimetière de la commune un Monument aux Morts, prenant ainsi une initiative qui ne devait être suivie que beaucoup plus tard par les autres communes. Décidé par le conseil municipal dès le 26 septembre 1914, le caveau devant accueillir les dépouilles des soldats, est construit sur un terrain cédé gratuitement à la Colonie Française de Monaco qui en assure la construction. Un monument représentant « le Coq Gaulois écrasant les emblèmes austro-allemandes » vient le coiffer grâce à une souscription publique. Ce monument est remis officiellement à la Commune le 22 avril 1916, mais sera ensuite entretenu par le Souvenir Français.

La construction

En 1921, les membres de la commission des travaux admettent, cependant, qu’il reste éloigné du centre ville et ne porte pas les noms des défunts.  Par délibération du 29 avril 1922, les élus donnent pleins pouvoirs à une commission extra-municipale composée de personnalités représentatives pour ouvrir une souscription publique et organiser un concours afin d’assurer au futur monument un caractère artistique absolument indispensable. Le lieu choisi est le hall de l’hôtel de ville où figure déjà un « grand tableau des morts aux Champs d’Honneur » au caractère provisoire dont la  présence est attestée lors de la « Fête Nationale de la Paix en l’honneur des combattants de la Grande Guerre » du 14 juillet 1919 comme en témoigne la presse de l’époque (L'Eclaireur de Nice des 9 et 14 juillet 1919).

Le choix du jury, validé par les élus le 7 juillet 1922, se porte sur le projet « DE VIRIS » du sculpteur Louis Maubert, auteur de nombreux monuments, qui concourrait à côté de représentants locaux, l’architecte Paul Lajoie, l’entrepreneur et conseiller municipal Paul Joseph Chiabaut, l’équipe Imbert et Laguini, et enfin Clericy. Le cahier des charges prévoit que le travail doit être livré avant le 11 novembre 1922 et ne pas dépassé 12.000 francs. La facture finale s’élèvera à 15.600 francs en raison de rajouts d’éléments de bronze (casque et feuilles de chêne), de suppléments de mosaïques et autres aménagements, ce qui ne manquera pas d’interpeller  le Préfet, en juillet 1923, sur le montant de la subvention municipale de 8.000 francs qui vient compléter les 8.600 francs réunis par la souscription publique. Les plaques inscrites du nom des défunts, non conformes au cahier des charges, sont refusées et finalement, par arrangement amiable, compléteront le mausolée du cimetière.

L’inauguration, grandiose, qui mobilise les populations de part et d’autre de la frontière franco-monégasque, a lieu enfin le 10 mai 1923 (2) mais les derniers travaux d’embellissement des deux Monuments s’achèveront en 1924. Les plaques en marbre de Carrare comportent au moment de l’érection 95 noms, aujourd’hui 97.

La symbolique

Le monument de Beausoleil est un des rares à trouver place au sein même de l’Hôtel de ville. Il présente une facture très classique et la noblesse des matériaux utilisés, bronze, marbre et mosaïque lui confèrent une valeur supplémentaire en accentuant son caractère inaltérable et perpétuel.

Une femme, allégorie drapée et cuirassée telle une déesse guerrière antique, représente la France de la Marne : au cours de cette bataille décisive, du 5 septembre 1914 au 12 septembre 1914 , les troupes franco-britanniques arrêtent puis repoussent les Allemands, mettant ainsi en échec le plan Schlieffen qui prévoyait l'invasion rapide de la France en passant par la Belgique. Cette France de la Marne étend ses bras sur les listes des défunts, les protégeant et les couvrant des palmes de la  gloire.

Parmi les symboles, on retiendra :

Les éléments végétaux : les lauriers de la victoire en couronne pour marquer la gloire ; le chêne pour la robustesse, la force et la vaillance ; la palme qui distingue, honore, glorifie le sacrifice consenti et en même temps désigne à l’immortalité.

Les ornements militaires : le casque, la cuirasse évoquent l’armée et rappellent que ces hommes sont avant tout des soldats.

Nul pathos en fait dans ce monument très impersonnel et allégorique : pas de femme éplorée, pas de Poilu debout à son poste ou agonisant. Une allégorie, stylisée à l’antique au visage sans expression.  Il s’agit de glorifier le sacrifice des défunts au service d’un idéal supérieur. Idée renforcée par l’énumération des batailles : « Yser, Champagne, Vosges, Verdun, Somme, Orient » s’affichent comme des pages glorieuses de l’histoire nationale au même tire qu’Alésia, Bouvines, ou Valmy.

Seule la dédicace «  A nous le souvenir, à eux l’immortalité » et l’expression « A nos fils »  nous rappelle la thématique funéraire du deuil. A noter qu’aujourd’hui, la deuxième partie de la dédicace du socle « A nos fils morts pour la Patrie,  la Ville de Beausoleil reconnaissante » a disparu sous une couche de gravier ainsi que les obus et la chaîne installés autrefois devant le Monument.