jean-claude ginet  (collection Patricia Rattalino)

Jean-Claude Ginet, du 12ème bataillon de chasseurs alpins, compagnie de mitrailleurs, figure sur notre Monument aux Morts sous le nom de Ginet Jean et probablement sous le nom de Ginet Claude sur le monument de Bourget le Lac d’où il était originaire. Les doubles inscriptions dans la commune de naissance et dans la commune de résidence étaient fréquentes.

C’est l’arrière-petite-fille de Marguerite, Mme Patricia Rattalino, qui nous a transmis les correspondances entre les deux époux Ginet ainsi que des photos de famille qui retracent le parcours de cette famille.

Evoquer leur histoire, c’est également retracer deux destins brisés par la guerre, celui de deux sœurs, Marguerite et Dominique. C’est retracer aussi l’histoire de la naissance de Monte-Carlo, de l’immigration italienne et du peuplement de notre commune.

Dominica et Margherita sont nées à Trinita, près de Fossano en 1885 et 1887. Leurs parents, Andrea et Angela Massimino, respectivement chef de rang et lingère, quittent leur village, comme de nombreux compatriotes, pour rejoindre la Principauté de Monaco. En effet, depuis 1863, avec la création de SBM, et celle de Monte Carlo en 1866, un immense bassin d’emploi tourné vers la construction immobilière et l’hôtellerie, s’est ouvert en Principauté. L’infrastructure hôtelière et touristique nécessite un nombre très important d’employés de service qui viennent en masse d’Italie dont l’économie est sinistrée.

Leurs deux plus jeunes frères Bernardo et Antonio embaucheront tour à tour sur un transatlantique vers la Californie où ils feront leur vie.

Le 14 novembre 1904, Marguerite épouse à Beausoleil François Arthur Catal, originaire du Doubs et employé de banque, dont elle aura trois enfants. François Arthur est mobilisé en 14. Alors qu’il est au front, son épouse rencontre un homme d’affaire espagnol et quitte le domicile conjugal.

Dominique, qui a appris la couture, travaille pour la riche clientèle des hôtels de Monte Carlo. Elle s’installe un temps à Beausoleil et loge maison Musso, impasse du même nom, derrière le Palais du Soleil (aujourd’hui immeuble « l’Alcazar »). En 1912, on trouve trace d’une correspondance avec un certain Jean Claude Ginet, né le 1er mai 1887, chef de cuisine dans les hôtels de Vichy puis à l’hôtel Savoy de Monaco. Ils se marient le 22 avril 1913 à Beausoleil et vivent 4, rue des Ecoles (aujourd’hui rue Jules Ferry), avant que la guerre ne les sépare. Jean-Claude est blessé à Chezy-en Oxois (Aisne), en 1918. Le prêtre Paul Chauvin, présent à son chevet à l’ambulance 1/1, prévient sa famille de la gravité de son état. Le malade demande à ce que les siens se préparent au pire. Il est transféré au sein de l’ambulance 17 de Gué à Tresme, près de Meaux, où il meurt de ses blessures. Le 2 août 1918, l’aumônier du 12e BCA fait parvenir à Dominique sa montre et quelques photos. Le 9 août, le maire de Bourget-le-Lac la prévient, officiellement, du décès de son époux. Il l’enjoint de quitter Beausoleil et de rejoindre sa belle-famille au Bourget, car l’entreprise où elle travaille, dans notre ville, ferme son atelier.

Les deux époux ont laissé une correspondance qui témoigne du lien indéfectible qui les unit. Lien où se mêlent, la ferme croyance aux retrouvailles, l’amour, bien sûr, mais aussi, le courage et le soutien réciproques. Tous sentiments qui furent ceux qui inspirèrent les correspondances épistolaires de nombreux poilus et leurs familles.